lundi 29 octobre 2007

Gbagbo met fin à la carte Ouattara

La carte de Séjour sera bientôt supprimée en Côte-d’Ivoire, telle est l’annonce que le président ivoirien Laurent Gbagbo a faite le dimanche 28 octobre 2007, à la communauté burkinabé résidant en terre ivoirienne.

Cette information qui a suscité un réel soulagement au sein de la communauté étrangère vivant sur le sol ivoirien prend à contre-pied toute l’orthodoxie professée par les théoriciens d’une Côte-d’Ivoire xénophobe.

Une telle annonce reste aussi un camouflet à celui qui en 1991, en tant que Premier ministre d’Houphouët-Boigny, avait institué, pour la première fois, la carte de séjour : Alassane Ouattara.

L’Administration Bédié qui prendra le témoin maintiendra, de toute évidence, « la carte Ouattara », puisque seul le socialiste Laurent Gbagbo, alors Secrétaire Général du FPI l’avait dénoncée au moment de son instauration en 1991.

La relation de Ouattara à la carte de séjour repose sur une énigme, voire un paradoxe : une posture d’extrême droite pour une personnalité considérée par l'opinion publique comme ayant des origines étrangères (son père, chef traditionnel au Burkina Faso y a vraissemblablement été inhumé).

Le caractère paradoxal d’un tel choix se dissipe dès que l'on sait qu’il est fondé sur l’opportunisme, matière première de la carrière de bon nombre d'hommes politiques.

Plus libéral par formation que par conviction, Ouattara est tout aussi peu sensible aux considérations humanistes si chères aux paroisses de gauche. A défaut de substrat idéologique clair, l'homme vogue à vue, depuis ce jour où fasciné par les lambris des salons Houphouétiens, il s’est mis en tête d'échanger son costume de technocrate contre le boubou de la contestation politique à relents régionalistes.

Les vents qui le jettent au large des côtes ivoiriennes, par un soir des années 90, sont ceux de la contestation du régime autocratique d’Houphouët et la radicalisation de la crise économique qui sévit depuis le début des années 80.

Appelé à la rescousse par un PDCI aux abois, Ouattara préférera très vite le jeu politique à la tâche technique qui lui avait valu d’être le premier (et d’ailleurs le seul) premier Ministre d’Houphouët.

C'est dans le jeu de séduction d'un PDCI profondémént "droitiste", qu' il instaurera, au mépris de la spécificité sociologique de la Côte-d’Ivoire, la carte de séjour, seul acte administratif de l'affirmation identitaire rampante.
Endossant, et radicalisant ainsi les présupposés de ce qui deviendrait l’ivoirité, Ouattara mettra une sorte de ligne de démarcation poppérienne entre ivoirien de souche et ivoiriens d'adoption, nationaux et non-nationaux, ligne virtuelle dont l' activation prend une certain fait dans les événements de septembre 2002.

L’histoire de la "Carte Ouattara" est celle de la plus grande imposture qu’ait jamais donné à voir une organisatiuon politique de la sous-région ouest-africaine. Instaurer des conditions d’austérité sans limite pour les étrangers et - une fois le pouvoir perdu - crier au loup en faisant endosser à ses successeurs le poids de la faute !

Ouattara dénonçant « la xénophobie » en Côte-d’Ivoire ce serait Sarkozy, demain, stigmatisant charter et karcher en France. Simple imposture. Double forfaiture. Triple révisionnisme !

jeudi 25 octobre 2007

Guy Môquet et la Côte-d'Ivoire*



L'essayiste Séry Bailly revient sur l'affaire Guy Môquet, en débusquant, avec clarté, l'indignation à double vitesse de la France officielle.

"Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères " disait en juillet Sarkozy. A la lumière de ce théorème, personne, aujourd'hui, n'a à se repentir de la mort de Guy Môquet. Franchement, si ce n'est pas de la...moquerie.
L'essayiste Séry Bailly, nous apporte ici sa part d'éclairage : soyons attentifs.




Guy Môquet est un jeune Français qui a été fusillé le 22 octobre 1941 par les forces allemandes d’occupation. Avant de mourir, il a laissé une lettre à ses parents. Le Président Sarkozy a demandé qu’elle soit lue dans toutes les écoles de France et de Navarre le 22 octobre 2007.

L’événement historique a même donné lieu à un court métrage intitulé «La lettre». L’histoire est un genre surprenant. Par-delà les années, les événements se télescopent. Ce qu’on célèbre là-bas, a un écho ici et vise versa. La vie et la mort de ce jeune résistant français sont émouvantes. Son courage devant la mort, son affection pour sa famille, son appel aux siens, tout cela ne laisse personne indifférent.L’instruction présidentielle a ouvert un débat dans la société française, surtout parmi les enseignants.

L’histoire doit-elle être convoquée par l’Etat ou sont-ce les citoyens qui doivent se l’approprier à volonté ? Et la liberté pédagogique ? Le chef des éducateurs n’est-il pas éducateur en chef ? Et l’éducation citoyenne alors dans tout cet imbroglio ? Il n’est pas facile de préconiser la rupture et de la mettre en œuvre, dans une logique de continuité ! Guy Môquet vient-il se substituer à Jeanne d’Arc ? La France est-elle en panne d’héroïsme et à la recherche de héros ? S’agit-il de couper l’herbe sous les pieds du vieux Le Pen ?

Il est plus commode pour un jeune président de s’identifier à un homme jeune qu’à une jeune femme ! Certains disent que célébrer le jeune résistant, c’est justifier tous ces jeunes banlieusards qui ont mis des villes à feu et à casse. Toutes les luttes sont respectables, mais pas tous les moyens ! Lui avait un projet pour lequel il se battait, eux ont une rage a exprimer. Là un monde à défendre, ici un autre à détruire, même si c’est pour le reconstruire!

La chaîne TV 5 est-elle fière de faire passer le film consacré à ce jeune héros? Certainement ! Peut-elle reconnaître aux autres jeunes du monde entier, ce droit d’agir héroïquement ? Ceux qui disent que Guy Môquet est une «très belle figure de la France», avaient-ils le droit de défigurer les héros des autres ? Les nôtres étaient des désoeuvrés manipulés, des patriotes de Gbagbo acquis à coups de millions de cfa.

Lui, il ne peut être déclaré patriote de Sarkozy. Ce dernier n’était pas encore né. Lui, il demeure un résistant qui savait à quoi il résistait et était sûr des valeurs qu’il défendait. Que le jeune Guy Môquet soit un militant communiste est aussi un coup que nous recevons en pleine gueule ! Voici qu’on célèbre un jeune rouge. Voilà qu’on ne peut tolérer des dirigeants d’un rose parfois si pâle !

Eux ils ont droit à toutes les couleurs pour constituer leur bouquet national. Nous devons nous contenter de celles de la soumission qui sont toujours brunes ou noires et parfois vertes ! Il avait dix sept ans et demi. Moi je me souviens de ce jeune, qui a été blessé pendant les événements de novembre 2004. Il avait treize ans lui. Il n’est pas mort. Mais qui n’a pas dans les oreilles l’écho de ses paroles ?

«Je n’ai rien dit à ma mère sinon elle m’aurait empêché de défendre mon pays !» Qui se souvient du nom de notre petit héros ? Tel est le drame de la mémoire. Elle peut s’éroder même en se figeant dans la pierre des monuments. Il a eu plus de chance que l’autre dont la tête a explosé dans cette histoire sans queue ni tête ! Guy Môquet a su faire face à ses bourreaux, les regarder droit dans les yeux, avant de s’écrouler. Il est tombé complet sur le sol de France. L’autre a été décapité.

Il n’a pas su qui a tiré. Il n’a pas su pourquoi il a tiré sur eux pour l’atteindre lui. Pour la France officielle, ces jeunes n’avaient pas le droit de défendre leur patrie. Ils étaient manipulés. Ils avaient été conditionnés par les chefs patriotes, ces champions de la haine ! Pourtant, chanter la geste de Guy Môquet, ce n’est pas manifester de la haine envers les Allemands. Ce n’est pas retourner le couteau dans la plaie de l’histoire, ni entretenir ou susciter un sentiment anti-allemand.

Prétendre avoir ses héros est une faute grave. C’est un péché d’orgueil car on prétendrait avoir une histoire à faire. Avoir une histoire, c’est avoir une volonté qui se déploie dans le temps. Vouloir avoir des héros, c’est donc vouloir faire son histoire. Or la dépendance, ce n’est rien d’autre que d’être arrimé à l’histoire d’un autre peuple. Le philosophe Hegel l’a déjà dit clairement et ses frères européens l’ont compris tout aussi clairement !

Nous n’avons pas d’histoire car c’est celle des autres qui est venue se dérouler sous nos fenêtres et sur nos plages ! De tous les péchés, il me semble que l’orgueil est le plus sévèrement sanctionné ! Oui, vouloir faire son histoire, ressemble à une imitation de Dieu. C’est vouloir rivaliser avec lui pour être des «créeurs», selon l’expression du chanteur humoriste !Guy Môquet est un modèle que nous revendiquons pour nous aussi.

Dans sa lettre, nous ne voyons aucune rancœur contre ses bourreaux. Il sait seulement qu’il va mourir et il n’en a pas particulièrement peur. Il est prêt dans sa tête. Il sait pourquoi, il sait pour quoi, il sait pour qui il va mourir ! Reconnaître les héros des autres, c’est se donner le droit d’en avoir soi-même ! Tous les bavards qui ont parlé d’une histoire tournée vers l’avenir, ont glosé en fonction de leurs intérêts du moment. Ils auraient tant voulu que les nôtres coïncident avec les leurs !

Certains ont la possibilité d’instrumentaliser le passé en leur faveur et nous n’aurions pas le droit de vivre notre présent, en fonction du futur dont nous rêvons ! Nous aurions demandé qu’on lise dans nos écoles, la lettre de Lumumba à son épouse et à ses enfants, on nous aurait traités de tous les noms. Mais si nous ne l’avons pas fait, ce n’est pas la faute à Sarko.

Guy Môquet était à l’Ivoire ! Des Ivoiriens ont pensé tout bas, «Tant pis pour lui». Il réssuscite en France, des Français protestent dans les allées des lycées pour ne pas emprunter celles de l’histoire d’Etat. Guy Môquet sera sur la liste noire de l’ONU, condamné par la même France qui le loue !

Séry Bailly

(*) le titre est de nous

lundi 15 octobre 2007

Il y a 20 ans, était assassiné Sankara, le témoignage de l'écrivain ivoirien Tiburce Koffi

20 ème anniversaire de l`assassinat deThomas Sankara : Mémoire d`une tombe (1)
lundi 15 octobre 2007


Thomas Sankara a été assassiné le 15 octobre 1983, par un commando de l'armée burkinabé. 20 ans après sa disparition tragique, son nom reste intimement lié à l'histoire de la renaissance de ce pays du Sahel que les austérités climatologiques, ainsi que les politiques impérialistes de l'exploitation capitaliste, condamnaient, certainement, à une pauvreté plus choquante, plus navrante. Quelques notes circonstancielles, aujourd'hui, à l'occasion de ce 20 ème anniversaire de son élimination physique, pour nous rappeler au souvenir d'une figure sympathique de l'histoire des luttes de libération en Afrique ; et, honorer, du coup, la mémoire d'une illustre tombe.
L'histoire de Thomas Sankara et, du coup, celle de la révolution burkinabé qui porte, indiscutablement, les marques de l'utopie tourmentée qui a alimenté le cerveau et l'âme de ce jeune officier iconoclaste, a fait l'objet de plusieurs ouvrages critiques, biographiques ; de compilations, aussi (2). Ce sont des livres bien menés, signés d'auteurs crédibles, parce qu'ils ont suivi les péripéties de cette histoire qui n'en finit pas d'interpeller l'intelligentsia révolutionnaire, africaine.

Qu'il me plaise ici, de dire quelques mots, à propos de cette histoire. Quand, ce quatrième jour du mois d'août 1983, de jeunes officiers de l'armée nationale de la Haute-Volta, prenaient le pouvoir, nul observateur attentif de la scène politique voltaïque, nul spécialiste des questions africaines, et, peut-même, nul médium à la science infaillible, n'aurait pu spéculer, scientifiquement, ni prévoir (en interrogeant les signes du ciel), la suite de ce énième putsch qui venait de se dérouler dans ce pays que d'aucuns se plaisaient à appeler, ironiquement : ''la capitale des coups d'Etats'' en Afrique de l'ouest francophone. Que n'avaient-ils raison, en réalité ?


Et c'est le président Houphouët __ qui avait une phobie, justifiée, des coups de bottes __ qui avait, le mieux, diagnostiqué le mal pernicieux qui ruinait ce pays : au cours d'un Conseil national, il eut, en effet, à parler d'un pays où " le président avait été renversé par le général ; et ce dernier, par le colonel qui, lui, avait été renversé par le commandant que venait de renverser le capitaine ! ".


On n'était pas très loin de voir le capitaine être renversé, un jour, par un lieutenant pour, à la fin, aboutir à une situation où le dernier chef de ce pays serait un soldat de deuxième classe qui aurait renversé le caporal ! Au-delà de l'ironie pessimiste, il faut souligner la leçon essentielle à retenir de cette réflexion du président Houphouët : la dégradation de la symbolique de l'Etat en tant qu'institution sacrée et respectable. Et le pays où venait de se passer cet énième coup d'Etat, n'était plus loin d'être la risée de l'Afrique francophone (s'il ne l'était déjà), tant les putschs s'y succédaient à un rythme alarmant et,… comique !


Pis, ce putsch, de plus et, apparemment, de trop, ne présageait rien d'autres qu'un recul inquiétant de la stabilité, de l'ordre et de la discipline ; bref : de la paix. Autant de notions très chères à un Houphouët - il en avait même fait le fondement de sa politique. Il n'eut pas tort de penser ainsi : les quatre années de règne de ces officiers furent, en effet, des moments de grands bouleversements dans la vie du peuple qu'on appelait alors, les Voltaïques. La révolution sankariste.


C'est que les nouveaux dirigeants avaient placé l'avènement de leur règne sous un signe qui a toujours suscité chez les tenants des pouvoirs et régimes ''stabilistes'', méfiance, crainte et suspicion : la révolution ! Et quelle révolution ! Tout commence, ici, par une création onomastique : le nom Haute-Volta cède, désormais, la place à une nouvelle appellation : Burkina-Faso __ le pays des hommes intègres. Quelle prétention ! Les habitants de ce pays s'appellent, désormais, des… Burkinabè !


Tous ces mots donnent dans l'insolite ; bon nombre d'entre nous ont même du mal à le prononcer, tant leurs sonorités paraissent comiques et rébarbatives, à nos oreilles. Et on n'hésite même pas à lui préférer le nom Haute-Volta, qui était plus rassurant, plus familier et… plus prononçable ! Enfin, le fait (changer le nom du pays) n'était pas nouveau : Mobutu avait transformé le Congo en Zaïre, Kérékou avait fait du Dahomey, le Bénin ; et, bien avant eux, la Gold Coast de Nkrumah fut baptisé Ghana.


Mais ces pays n'étaient guère avancés dans la voie du saut qualitatif qu'inspiraient leurs nouvelles appellations. Du folklore tropical donc ! Comme seuls savent en produire, ces incorrigibles de nègres !Mais, très vite, les choses prennent une autre tournure. Sérieuse, celle-là : la révolution burkinabé se démarque des cultes de célébration de l'Osagiefo qui caractérisèrent le règne ''divin'', bourgeois, élitiste et peu productif, de Nkrumah ; elle se démarqua, plus nettement, des futilités, niaiseries et obscurantismes du régime de Mobutu ; elle se distingua, davantage, de la culture des slogans creux, sans contenu idéologique véritable, qui étaient en vigueur au pays de Mathieu Kérékou…


Celui qui était à la tête de ce mouvement, s'appelait Thomas Sankara. C'était un dialecticien, un artiste, un véritable officier de l'armée, et un passionné de la cause nouvelle : la renaissance des misérables et complexés voltaïques d'hier à une nation nouvelle, sous le sceau de valeurs qualifiantes et honorifiques : la droiture morale, la fureur de vaincre, le goût de l'effort, du travail, du mérite ; et, par-dessus tout, l'amour (non négociable) du pays : " La patrie ou la mort ! ", disait le nouveau slogan, inspiré de la révolution castro- guevariste.


Et ce slogan exaltait les cœurs des jeunes…Imitation, originalité et téméritéDe tous les chefs d'Etats africains (en tout cas ceux de l'Afrique de l'Ouest) qui se réclamaient de la révolution, seuls Nkrumah (3) __ du fait de la vaste érudition de type universitaire de ce dernier __ et Thomas Sankara, avaient les outils conceptuels de l'action révolutionnaire. Sankara n'a, certes, pas lu entièrement Le Capital (qui a d'ailleurs lu, entièrement, cet immense texte ?) ; mais, il avait, au moins, lu et relu Le manifeste du parti communiste et Le bilan de la révolution cubaine.


Il avait aussi, et surtout, lu et assimilé L'Etat et la révolution (Lénine). Ce dernier livre était d'ailleurs son livre de chevet. Le " Discours d'orientation " qu'il prononce, le 2 octobre 1983, au nom du CNR (Conseil national de la révolution), porte les marques de ces lectures et cette culture ''révolutionnaire''. C'est un texte d'une vingtaine de pages (en format livre) où Sankara se livre à une analyse dialectique des contradictions de classes qui orchestraient jusque là, (avant la révolution) le mouvement de la société voltaïque.


Il débouche sur la légitimation de la solution radicale qu'impose la révolution en tant que bouleversement total et violent des structures traditionnelles de pensée : " La révolution d'août arrive, par conséquent, comme la solution des contradictions sociales qui ne pouvaient désormais être étouffées par des solutions de compromis (4) ". Toute la légitimation et la justification du caractère répressif de la praxis ''révolutionnaire'' se trouvent dans ces lignes.La classification sociale (de la société voltaïque) à laquelle il se livre, n'est rien d'autre qu'un replâtrage des thèses et analyses que Lénine à produites sur la société féodale russe d'avant la révolution d'octobre 1917.


A la relecture de ce texte (qui m'avait fortement enthousiasmé et impressionné à l'époque), je me demande, aujourd'hui, comment un dirigeant africain de pays en dessous même du sous-développement, en est-il arrivé à ''servir'' à son peuple (un peuple de non alphabétisés et peu instruit de ces questions d'une réelle aridité conceptuelle et philosophique), un tel discours, absolument irréaliste et inadapté au contexte sociologique et historique-cible. Ah, jeunesse !!!Dans ce discours ''historique'', Sankara parle, s'agissant de la société voltaïque, de la bourgeoisie compador, de la bourgeoisie d'Etat, de la classe ouvrière voltaïque (combien d'industries et de quelle nature, existait-il en Haute-Volta, pour qu'on parle de masses ouvrières voltaïques, locales ?!) ; enfin, du lumpen-prolétariat. Qui avait, vraiment, compris, ce discours ?


C'est, cependant, un discours de forte teneur idéologique, retransmis par la télévision, et qui va orienter, DIRIGER, effectivement, le vécu social et politique des Burkinabè… En quatre années de règne, les jeunes officiers dirigeants du Conseil national de la révolution (CNR), vont imprimer un dynamisme exemplaire à leur pays : tous les secteurs de la production sont, sans cesse alertés. Le Burkina Faso devient alors, un immense chantier à ciel ouvert : constructions de salles de classes, de centres de santé, tracés et aménagements de routes, politique d'hygiène, etc., tout cela, soutenu et mis en mouvement par une propagande et une pression idéologiques qui ne furent pas sans nous rappeler le contexte policé de la révolution cubaine.


Les nouveaux leaders, surtout leur porte-parole, le capitaine Thomas Sankara, ne s'en cachent d'ailleurs pas (4)…La création des CDR (en référence à ceux de Cuba) et des Tribunaux populaires (inspirés de Che Guevara), le discours, téméraire (à la limite de l'outrage à l'ordre ancien), la permanence des militaires dans le vécu quotidien du peuple nouveau, les jugements sommaires, la répression sans appel de l'intelligentsia critique, les slogans tapageurs et ravageurs, les prises de positions officielles (tranchées, sans nuance et, surtout, sans égard aux chefs d'Etat environnants non membres de la ligne de front), etc., tout, ici, se présente comme une copie de la révolution cubaine.


Mais c'était, surtout, un climat de forte pression psychologique ; un climat de déclarations démagogiques, spectaculaires, certes, mais inutilement provocateurs et inefficaces… Il y a tant de choses à dire sur Thomas Sankara. Tant de choses… belles, comme mauvaises ! Brûlons cependant les étapes, pour les nécessités d'un article de journal.Fin de l'histoire et début de la légendeDes dissensions sournoises fissurent, entre-temps, et progressivement, le mur du CNR.


Les exactions des CDR, les jugements sommaires rendus par les Tribunaux populaires, le climat de répression policière, l'hostilité grandissante de nombreux chefs d'Etat que commençaient à exaspérer les outrances verbales du jeune et présomptueux révolutionnaire, etc., tout cela finit par atteindre un seuil de contradictions impossibles à gérer… Le soir du 15 octobre 1987, la nouvelle grave parvint aux oreilles du monde entier, stupéfié : Thomas Sankara, ainsi que 12 de ses collaborateurs, viennent d'être assassinés par un détachement militaire, à l'issue d'un putsch.


Le nouvel homme fort du pays des hommes intègres ( ?) s'appelle Blaise Compaoré. Il était le second du régime. L'homme de confiance du capitaine Thomas Sankara. Et, ceux des habitants du pays des hommes intègres, qui avaient de la mémoire, se souvinrent que l'officier au cœur pur et aux rêves de grandeur pour le pays, avait dit un jour que, seul Blaise Compaoré, son compagnon d'armes, son homme de confiance et son ami-frère, pouvait le tuer, si l'envie de le faire le prenait. Et il en fut, peut-être, ainsi !


Peut-être… Deux années après, exactement le 19 septembre 1989 étaient exécutés les commandants Jean-Baptiste Lingani et Henri Zongo. Des 4 compagnons d’armes de la révolution du 4 août 1983, il ne restera plus qu’un seul: Blaise Compaoré. Une fois de plus la révolution avait mangé ses propres enfants. C’est une vieille chanson. Il s'appelle Isidore-Noël Thomas Sankara. La jeunesse de son pays l'appelait, affectueusement : Tom Sank. Il est né le 21 décembre 1949 à Yako (Pitié, en baoulé !).


Il est arrivé au pouvoir, dans un pays d'Afrique qui s'appelait la Haute-Volta, le 04 août 1983. Il a changé le nom de ce pays, et l'a baptisé de celui de Burkina-Faso - le pays des hommes intègres. Le 15 octobre 1987, il a été assassiné, à l'issue d'un putsch. Voilà ce que dit de lui, l'histoire objective. Il était le fils du soleil et de la pluie avare du Sahel. Il était un quêteur d'aubes nouvelles, le prophète et l'artisan de la renaissance d'un petit pays qui, naguère, grelottait de honte et de nudité scandaleuse.


Une nuit tombante, des dévoreurs d'âmes l'ont précipité dans le royaume souterrain où trônent, superbes et de grandeur immaculée, les immortels de l'Histoire ! Ainsi, dira de lui, le conteur habile d'un soir de souvenirs lancinants. L'histoire de Sankara est finie. Vive sa légende !


Tiburce KoffiEcrivain, ex-membre du club sankariste de Ouaga.
tiburce__koffi@yahoo.frTél. (00225) 01-05-40-43.


Notes : 1 / " Mémoire d'une tombe ", un roman de Tiburce koffi, en hommage à la révolution sankariste. La sortie de ce livre, prévue pour ce lundi 15 octobre, a été différée.
2 / Voir, notamment : " Sankara le rebelle " de Sennen Andriamirado, " Thomas Sankara : Oser inventer l'avenir ", présenté par David Gakunzi, " Les années sankara ", de Bruno Jaffré, " Thomas Sankara, l'espoir assassiné " de Valère D. Somé, etc.
3/ Lire " La lutte des classes en afrique ".
4/ Discours d'orientation politique, 02 octobre 1983.
5/ Le 08 octobre 1983, Camillo Guevara, le fils du Che, est ainsi reçu, en grand pompe, à Ouagadougou, dans le cadre d'une exposition en commémoration du 20 ème anniversaire de l'assassinat de Che Guevara. Le discours prononcé à cette occasion fut le dernier de Thomas Sankara.


Pendant ce temps, le RDR de Alassane Ouatarra commémore l'arrivée au pouvoir de Blaise Compaoré, ce même lundi du 15 octobre, rapporte le quotidien ivoirien "Le Nouveau Réveil".


20ème anniversaire de Compaoré au pouvoir : Une délégation du RDR au Burkina
lundi 15 octobre 2007

Madame le Professeur Henriette Dagri-Diabaté, Secrétaire Général du Rassemblement des Républicains (RDR) a quitté à Abidjan ce matin pour Ouagadougou la capitale du Burkina Faso, où elle représentera du 14 au 16 Octobre 2007, le Premier Ministre Alassane Dramane OUATTARA, Président du RDR, invité à la cérémonie de commémoration du 20ème anniversaire de l'accession au pouvoir de SEM Blaise COMPAORE, Président du Faso. Madame le Secrétaire Général du RDR est à la tête d'une importante délégation du Parti comprenant notamment :-Monsieur Amadou Gon COULIBALY Secrétaire Général Délégué ;-Monsieur Amadou SOUMAHORO Secrétaire Général Adjoint Chargé des Affaires Politiques ;-Madame Camara Kandia, Secrétaire Général Adjoint chargé de l'Animation, de la Formation et de la Solidarité, Porte Parole Adjoint ;-Monsieur le Professeur Hyacinthe SARASSORO, Vice Président du Conseil Politique ;-Monsieur le Professeur SIDIBE Valy Secrétaire National à la Formation;-Monsieur KARAMOKO Yayoro, Président du Rassemblement des Jeunes Républicains (RJR). Madame le Professeur DAGRI-DIABATE participera également au Colloque International:"Démocratie et Développement", organisé par le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) à l'occasion de cette cérémonie de commémoration.Enfin, Madame Henriette DAGRI-DIABATE mettra à profit son séjour pour rencontrer les autorités du Burkina Faso et les responsables du CDP avant de regagner Abidjan.


Fait à Abidjan le 14 Octobre 2007
Pour la cellule de Communication Amadou Coulibaly
Conseiller en Communication

mardi 9 octobre 2007

Patriotes ivoiriens n'oublions jamais nos martyrs, Sarkozy nous en donne l'exemple !


L'amnésie est la maladie la plus corrosive qui puisse frapper un peuple. S'il faut se réconcilier avec soi-même, à l'échelle nationale et continentale, sachons avoir de la mémoire.


Hier les hordes hitlériennes ont fusillé des français. En 2004, c'était des "SS" français qui fusillaient à l'hotel Ivoire de jeunes ivoiriens. Les années se sont écoulées mais la France se souvient toujours.


Ce ne sera pas être ennemi de la mesure que de garder la mémoire des événements de 2004 !

A propos de la larme sélective française, lire l'article sur le lien suivant :

jeudi 6 septembre 2007

Le Pari (s) de Mandela

Nelson Mandela, ex-président de l’Afrique du Sud et figure-symbole de la lutte contre l’apartheid est, depuis lundi, en visite privée en France. Ce voyage intervient une semaine après que l’Angleterre ait inauguré une statue en son honneur, en plein cœur de Londres et dans un contexte où la vague d’indignation suscitée par le discours de Sarkozy à Dakar conserve encore l’essentiel de son impétuosité.
Le voyage sénégalais du Président français, l’on s’en souvient, avait été un véritable naufrage conceptuel ! Sur la base de l’ethnologie la plus vermoulue, l’hôte d’Abdoulaye Wade avait, en juillet dernier, tenu au sujet du continent africain des propos discutables.

On retiendra, entre autres réactions à l’intervention de Sarkozy, la verve sarcastique d’un Boris Boubacar Diop : « La science politique s´intéressera peut-être un jour à ce cas de figure unique : un président étranger faisant, du haut de son mètre soixante quatre, le procès de tous les habitants d´un continent », le mot d’Achille Mbembe : « il faut être cohérent et cesser de tenir à propos de la colonisation des propos à géométrie variable – certains pour la consommation interne et d’autres pour l’exportation », celui d’un Bamba Sackho : « en opposant "l'homme moderne" à "l'homme africain" Sarkozy s'approprie les poncifs éculés du racisme ontologique sur la hiérarchie des races théorisée notamment par Voltaire (1694-1778) pour qui "la race des Nègres est une espèce différente de la nôtre"» ; Mais aussi, de Côte-d’Ivoire, Boa Thiémélé : « M. Sarkozy, si jeune et si moderne, ne désire pas rompre avec une vieille tradition occidentale qui ignore royalement les pensées différentes élaborées en Afrique. Il a conservé les paroles ethnologiques anciennes sur l’Afrique. Il va finir par ressembler à l’image qu’il se fait de l’Africain ». Et notre compatriote de conclure en langue locale : « M. Sarkozy n’a pas voulu faire le choix de la refondation intellectuelle… ».


C’est donc ce Sarkozy, farci au vitriol, qui s’est empressé d’accueillir Mandela à Paris, lundi dans le cadre d’une visite « privée » et qui a « tenu à rendre un hommage particulier au grand combattant de la liberté qu’est Nelson Mandela, tout en saluant en lui l’Afrique du sud qui est « devenue un exemple et un modèle en démontrant que la tolérance et le pardon pouvaient avoir raison de l’oppression et de la violence ». Hier mercredi, Mandela a aussi rencontré Chirac à Paris pour examiner avec lui l’éventualité de rapprocher les fondations portant leurs deux noms.


Cette «ruée vers Mandela » témoigne en fait, d’un tour largement éventé : solliciter l’affect plutôt que de s’attaquer au véritable mal rongeant le rapport politique de l’occident à l’Afrique. Le caractère officiel que prend la visite privée de Mandela a un arrière-goût d’instrumentalisation. Les faits se déroulent comme si la France, prenant brutalement conscience d’un retard en matière de sympathies africaines, voulait rapidement gagner une case face au rival anglo-saxon, dans le jeu de marelles qui les oppose autour du continent noir.


Le rival britannique qui a eu le courage d’élever la statue d’un noir-africain en face du lieu-symbole qu’est le mythique parlement anglais a pris une réelle avance qu’il fallait certainement tenter de relativiser.
Autre supercherie : la litanie en double comptabilité. Mandela a en effet été présenté et salué par l’Exécutif Français comme celui ayant incarné la « lutte de tout un peuple » ! Si cette qualification de l’ex-icône de l’ANC est plus que méritée, on peut en revanche se demander si un tel hommage tient à cette seule qualité de Mandela. Le fait d’avoir incarné la « lutte de tout un peuple » suffit-il à faire d’un leader, un héros pour la France ? On peut en douter.

Mandela, qui a aujourd’hui 89 ans, est en fait porteur d’une histoire à double articulation. Avant d’être le chantre de la paix et de la réconciliation, il a bien été le Mandela des heures de braises. Celui qui un jour a dû abandonner la stratégie non-violente de l’ANC, opérer un choix en faveur des méthodes connues du réseau « Umkhonto we Sizwe », une organisation, ayant prôné, disent les historiens, l’action armée et dont Mandela fut le défenseur, sinon le fondateur.


Or le Mandela qu’adorent les admirateurs tardifs de la liberté est celui des années post-carcérales, faisant bon cœur contre la mauvaise fortune d’une longue déshumanisation de l’homme noir.


En fait, lequel des Mandela faut-il célébrer aujourd’hui ? Celui des années de jeunesse levant un poing rageur contre le pouvoir de l’Apartheid ? Celui vanné par les années de prison, dirigeant l’Afrique du Sud autour de deux concepts devenus pour lui incontournables, à savoir la paix et la réconciliation ? Ou les deux Mandela, saisis dans leur nécessaire unité, loin de l’idéalisation facile, acceptés pour ce qu’ils auront été dans leur héroïsme et leurs éventuelles lacunes ?


En notre sens, ce qui fait de Mandela un vrai héros, ce n’est pas seulement le fait d’avoir été un combattant de la liberté ou un soldat de la paix. Le mérite, pour nous, semble attenant à la capacité qu’a eu l’homme de s’arracher aux rets du dogmatisme et de l’anachronisme. Il aura montré en cela sa claire conscience du statut dynamique de la réalité historique. Là où la réprobation bon-marché aurait évoqué de l’opportunisme, il a su, dans élan de générosité et de courage exceptionnel, faire acte de la lucidité, d’intelligence au sens de capacité d’adaptation.


Excellences Lectrices, Excellences Lecteurs, Mandela est en lui-même un pari : incarner, à la fois, en son seul personnage, la lutte radicale et la quête de paix. Ces deux axes du parcours du héros africains s’excluent-ils vraiment ? Les admirateurs tardifs et autres militants du crépuscule ne trouvent-ils pas, aujourd’hui, en Mandela, une leçon d’adaptation et de lucidité ? Plus qu’un personnage historique, Mandela est un pari sur l’avenir.

jeudi 30 août 2007

Le boulet des frontières

L’Afrique peut-elle émerger en s’agrippant aux frontières héritées de la colonisation ? Les enjeux économiques actuels autorisent-ils les pays africains à se contenter des parcelles étriquées acquises par le jeu d’intérêt exogènes ? Pour nous, la réponse est « non » ! Morcelé en une infinité de fragments, l’Afrique n’en est pas moins unique dans ses fondamentaux et tangible dans ses constantes, même si elle offre l’image d’une terre étrangère à elle-même, parfaitement sourde à sa propre voix, aphone sur les sujets de son vécu. Perdu dans sa vaisselle étatiste, notre continent peine encore à passer des domesticités et autres « localités » à une approche synthétique de ses problématiques. Ce qui rend l’uranium du Niger extorquable – dans la plus grande intimité familiale « françafricaine » – est aussi ce qui rend possible la fusillade de 70 africains par des soldats étrangers, à l’Hôtel Ivoire, sans indignation à l’échelle continentale.

Le fait est que les Etats hérités de la colonisation ont derrière eux leur intérêt et leur temps. L’Afrique, avant d’être morcelé sous le mode colonial, était bien plurielle et diverse. N’étant pas, loin s’en faut, le modèle d’unité ou de solidarité que tente de vendre un romantisme bon-marché, le continent, au sens unitaire, n’existait, manifestement, que dans sa dimension géographique. La colonisation a donné lieu à une nouvelle communauté de destin et celle-ci a débouché sur la formation d’un patriotisme généralement circonscrit aux frontières importées.

La donne patriotique locale a d’ailleurs permis de mettre à mal, d’une manière ou d’une autre, la mainmise de l’empire colonial, avant de devenir, par quelque exacerbation, un véritable boulet aux pieds du continent.

Or, voici que l’Afrique possède aujourd’hui une société d’hommes et de femmes suffisamment instruits des enjeux planétaires. Voici que les frontières de nos petits Etats se révèlent être des camisoles de force sous lesquelles s’asphyxient d’immenses virtualités fractionnées. Comment réussir à créer la synergie des forces éparpillées ? Comment fallait-il expliquer à un camerounais et à un Nigérian que la querelle autours de la presqu’île de Bakassi, n’en valait pas la peine ? Comment faudra-t-il dire aux voisins de la Côte-d’Ivoire que cette histoire de charnier identitaire sort tout droit de la tête de Benoit Schauer ? Et comment faudra-t-il faire comprendre aux ivoiriens qu’ils devront bien un jour oublier ces histoires de Bceao à dominer de toute éternité ?

Et comment faudra-t-il dire aux sénégalais, sans les vexer, qu’il n’y a aucun mérite à avoir été la capitale de l’Afrique Occidentale Française ? Et comment passer du nationalisme local au patriotisme continental ? En somme, comment faudra-t-il contourner le piège des mascottes africaines de l’Europe néocoloniale ? Comment devrons-nous mettre fin à la mainmise des Etats-nabots sur les leviers de communication et de formation de la société africaine ?
On le sait les tenants du pouvoir en Afrique, comme ailleurs du reste, sont généralement tenus en laisse par des pouvoirs d’argent qui leur impose une feuille de route, en déphasage avec les intérêts des populations locales. Cet état de fait, induit plus d’une incongruité dans la gestion quotidienne des Etats. C’est pourquoi, une multiplication d’acteurs échappant au contrôle des institutions classiques s’impose. La race de femmes et d’hommes que l’on a appelés, en son temps, « la société civile », a aujourd’hui le devoir d’apporter, à l’échelle continentale, son appui à l’Etat noyauté.

Parce que l’Etat africain vit et se développe dans une zone de grandes endémies morales, il est du devoir de cette race d’hommes de proposer une alternative à l’Etat pianoté. Dans la mise en œuvre d’un tel projet, les acteurs libres doivent chercher à insuffler à l’institution académique une nouvelle dynamique. Il est entendu que l’éducation joue un rôle essentiel dans la formation d’une conscience populaire, il faut alors éviter un académisme mécanisé, école sans âme, ni concept formant l’individu sans visée claire.

Si l’école publique, en deux générations, s’est montrée inapte à forger un citoyen rigoureux et intègre, l’école privée et particulièrement, celle confessionnelle devrait aujourd’hui s’approprier sa vocation naturelle de moralisation de la société. Sur ce terrain, l’on est bien loin du compte.
L’Afrique a un double challenge éducatif à relever : travailler à l’émergence d’une conscience civique continentale, œuvrer à la moralisation des masses, dans un système administratif complètement putréfié.

Notre réel accès à la mondialisation ne s’improvisera pas. Quel Etat pourra s’imposer comme acteur significatif de la mondialisation, sans être passé par la loge de la continentalisation ? Imagine-t-on une universalisation sans propédeutique ? C’est sûr qu’il manquera toujours une étape dans le cheminement d’un Etat qui croirait aller à la mondialisation, sans passer par le moment du Continent : vouloir aller à la mondialisation, sans franchir le quai du continent, serait se condamner à passer du stade d’Etat-nabot à celui d’Etat-cabot.

Excellences Lectrices, Excellences Lecteurs, dans certains milieux, l’on tend, de plus en plus, à nier la race ou toute différence identitaire, derrière le masque trompeur d’un universalisme tout théorique. Mais une lecture, même expéditive, de l’histoire révèle que les différences ont la peau dure. Quand la race ne fait plus recette, c’est la classe qui fait des siennes. Même à l’intérieur d’une même chapelle idéologique, l’exégèse conduit presque toujours à la multiplicité des convictions. La différence ne peut donc être niée. Tenter de le faire, serait à la fois révisionnisme et inconséquence existentielle.

Si l’on ne peut gommer radicalement la différence – et si l’Afrique est ce qui a été et qui demeurera quand nos Etats étriqués ne seront plus – les africains gagneraient à donner un contenu plus respectable à leur continent ! Au bout du compte, la mondialisation ne serait jamais un ogre pour un continent ayant su assurer ses pas.

jeudi 23 août 2007

Quand la presse oppresse

Les divers échanges entre autorités et soldats loyalistes, ces deux dernières semaines, ont bénéficié d’un traitement médiatique spécial. Une bonne partie de la presse nationale s’est montrée relativement vive dans son traitement de cette actualité. Des confrères et collègues avec lesquels nous avons échangé sur le sujet expliquent l’attitude de la quasi-totalité de la presse ivoirienne par la chose suivante : les services en charge de la Communication gouvernementale n’ont pas produit de communiqué officiel, à l’issue de la rencontre, à huis-clos, entre le Président de la République et les soldats. L’inverse, à leurs yeux, aurait empêché les écarts d’interprétation, tout en offrant la latitude aux gouvernants de choisir l’angle sous lequel la presse aurait eu à aborder la rencontre avec les militaires. La question de la facilitation de l’accès aux sources d’information est donc au centre d’une partie de la récrimination des médias nationaux.

Le Ministre de la Communication Sy Savané, en plaidant mercredi dernier – au Centre d’information et de Communication gouvernementale (CICG) pour une « facilitation d’accès des journalistes aux sources » – semble avoir posé, en termes euphémiques, l’un des pans essentiels du problème.

Mais à la question d’accès à l’information, certains confrères ajoutent le problème du « manque de volonté » des autorités ivoiriennes à assurer la consolidation juridique des organes de régulation de la presse. D’aucuns estiment que l’absence de pouvoirs concrets au Conseil National de la Presse (CNP) se reçoit comme une prime tacite aux écarts. Si les structures de régulation n’ont aucun pouvoir coercitif, tout est permis. Ces remarques plus ou moins justes appellent, toutefois quelques réserves.

Premièrement, sur la prétendue aptitude d’un Communiqué officiel à empêcher – ou même à faire baisser – la tendance inflationniste de certains confrères. Il n’y a qu’à se référer au traitement médiatique réservé aux différents accords ou résolutions onusiennes sur la crise ivoirienne pour mesurer le degré d’outrance d’une certaine partie de la presse. La peine que se donnent les différents rédacteurs de communiqués finaux peut-elle impressionner une rédaction décidée à intoxiquer ? Contre-vérités et autres distortions cumulent alors, simplement, pour les besoins d’objectifs.

Deuxièmement, sur la question du renforcement de l’arsenal juridique des organes de régulation : la revendication, bien que tenable, a tout pour être perçue, par certains, comme une volonté d’« embrigader la presse » ; l’on parlerait à satiété de recul de la liberté d’opinion. Pourtant, quoiqu’on puisse en penser la régulation est non seulement incontournable, mais permettrait une crédibilisation accrue des médias nationaux appelés aujourd’hui à s’interroger sur leur réelle vocation. Loin d’un corporatisme autiste l’on doit pouvoir s’interroger honnêtement : l’opinion publique, pour la quelle est censée opérer la presse est elle en phase avec ses médias ? Le lectorat n’est-il pas choqué par toutes nos outrances ?

C’est le journaliste émérite Joher Yassine qui, hier, dans le quotidien « Soir Info » s’indignait des écarts de ses confrères. La protestation de ce monument des médias ne croulait pas, c’est vrai, sous le poids de la mesure, mais avait l’avantage de camper avec une relative précision, l’ampleur d’une exaspération largement répandue : « En lisant nos quotidiens, en voyant les titres, on ne peut qu’être révolté et se demander si la presse ivoirienne est honnête et participe à ramener la paix… ».

La critique a aussi mis à l’index les grands censeurs de la presse internationale, distributeurs agréés d’indignation sélective : « Devant tant et tant de dérives (…) Devant cette incitation à la haine, à la désobéissance prônée par certains journaux, on se demande où est passé cette presse sans frontières (Robert Menard) prompt à défendre les journalistes qui se tait, devient muette, étrangement absente, complice de cette haine qui est le quotidien de certains quotidiens…. ».

Dans ce contexte d’inflation, la presse annonce deux invités de taille pour demain vendredi : le couple « Tiburce-Venance ». Ces deux messieurs ont réussi, par leurs lumières reconnues, à faire ombrage à tout le gotha d’universitaires que compte le RHDP : Jean-Noël Loucou, Pierre Kipré, Niamkey Koffi, Tiacoh-Carnot, tous réduits à faire valoir leurs droits à la retraite, tant la voix des deux mousquetaires aura occulté la leur. Tous deux reconnus pour leur sens de la mesure et leur parfaite maitrise des questions nationales, ils apporteront certainement une très grande contribution au retour de la paix et mettront leur immense talent de critiques sociaux à nous proposer autre chose que des attaques ad hominem.

L’annonce publicitaire parue dans le quotidien du Soir est des plus édifiantes sur le projet de ces éminences : « Tiburce et Venance crucifient encore Gbagbo, un document politique en béton à lire absolument, une édition spéciale de « Le Nouveau Réveil » à lire ce vendredi 24 aout 2007 ». N’en riez surtout pas.

Le paradigme du couple Koffi-Konan est connu : Gbagbo a poussé les jeunes gens à dire « Houphouët voleur », Gbagbo doit donc purger sa peine pour délit d’insubordination, en buvant jusqu’à la lie le vin aigre de l’impertinence. D’ailleurs, la presse proche du FPI n’a-t-elle pas inauguré ce que l’on a appelé à l’époque « la sinistrose à souhait » ? Pourquoi voudrait-elle aujourd’hui que tout le monde se sente un tempérament de pacifiste ?

Mais de telles considérations, surtout quand elles sont mêlées de présuposés régionalistes, sont une parfaite marque de l’autisme et de l’anachronisme de leurs défenseurs. Ces vues oublient volontairement que la Côte-d’Ivoire sort lentement de 5 années de guerre. Elles crachent aussi sur le projet de retour à la paix ; mais surtout confortent les thèses de l’ethnologie coloniale selon lesquelles les africains seraient incapables de tirer les conséquences de leurs erreurs du passé !

jeudi 16 août 2007

La "rebfondation" de l'art

Le champ de l’art reste l’un des lieux de prédilection d’un certain impensé totalitaire. Encore aujourd’hui, des outils conceptuels totalement avariés colportent dans l’aire de l’art une forte haleine coloniale. On parle encore – écho d’une époque nécrosée – d’ « art naïf », en ces temps dits de dialogue des cultures. De jeunes étudiants d’écoles de musique, partout dans le monde, s’entendent toujours dire qu’« une blanche vaut deux noires » et qu’est « naïve » toute création artistique ne respectant pas les conventions esthétiques « universalisées ». Nous autres francophones avons aussi une foule de références marquant notre art oratoire du fer des cales.
C’est connu qu’une colère noire est celle de la pire espèce. Connu qu’un « nègre » noircit, pour d’autres, des pages blanches. Poncif que broyer du noir, c’est vivre l’enfer, même si « un mariage à blanc » n’est pas nécessairement le plus heureux des ménages. Heureusement, Bongo a tenté de sauver notre peau en montrant que l’on pouvait être « blanc comme nègre », découverte, pour le moins éclairante…
Il est clair que nos arts, traités de « naïfs » doivent se renouveler. Non parce que quelques tradipraticiens leur auraient diagnostiqué naïveté ou insuffisances, mais parce qu’il est du devoir des diverses générations d’enrichir le patrimoine collectif d’originalité. Les formes vénérées de nos anciens peuvent ainsi être critiquées et dépassées pour que l’art, demain, soit meilleur.

L’œuvre critique est donc œuvre de salut publique, car elle trace les voies d’un lendemain enrichi. Au lieu d’une levée de bouclier, elle doit plutôt susciter une levée de rameau, puisqu’elle vient nous délivrer des chaines de la sclérose et réduire notre marge d’imperfection. Sa parole peut être dure. Mais l’on sait tous qu’un détergent n’est pas un sirop à la menthe. La critique a vocation de nous rafraichir l’esprit et non la gorge. Ne nous trompons pas sur les voies de l’ingestion. Le traitement a des rigueurs que nous sommes supposés intégrer.
Notre quête de perfection doit être en mesure de s’appuyer sur une introspection sans complaisance. Elle doit pouvoir débusquer toute lacune maternée à l’ombre de fausses certitudes et jeter une lumière vivace sur nos pratiques quotidiennes. Mais il nous faut trouver la voie idoine pour un avènement du changement.
Quel mode d’action devra guider notre démarche sur le chemin de la transformation ? Devons-nous vraiment entrer en rébellion contre ce qui nous semble être les tares de notre art ? La critique et l’autocritique peuvent-elles s’effectuer en toute inconscience patrimoniale ?
Il me semble que la critique de soi doit pouvoir se distinguer de l’auto flagellation. Bien qu’on reconnaisse le fakir à la mortification, tout acte de mortification ne fait pas de nous des fakirs. Méfions nous de la fausse posture critique qui n’est finalement qu’une variante de la religiosité de nos grands-mères, cette piété « manioc » confondant spiritualité et rite, conversion et superstition, intercession et incantation, remise en cause et mise en croix. Quand il n’y a pas de péché à confesser, il n’y a pas de honte à se taire.
C’est vrai que nous appartenons à un continent où les thérapies douces sont souvent perçues comme inefficaces et où, seul le goût d’une nivaquine ou la morsure « apocalyptique » d’une seringue douteuse peut convaincre certains d’avoir subi un traitement médical. Contre ce masochisme d’écurie, il faut poser en des termes clairs, les contours de nos éventuels échecs collectifs.
Il nous a été parlé d’art naïf et l’esclavage mental s’en est fait l’écho. Mais, au fond, l’art a-t-il jamais été naïf ? La notion d’art ne porte-t-elle pas, en elle-même, la postulation d’une intelligence à l’œuvre dans la reconstruction du matériau originel ? Et si c’était par inaptitude à pénétrer le champ symbolique d’autrui que l’on estimait sa démarche naïve ? L’art de l’autre ne serait alors naïf qu’à la mesure et à l’étendue de notre ignorance, désarticulé qu’à la mesure du strabisme de nos propres représentations, naïf que du fait de nos lacunes érigées en instance de validation. L’insuffisance ici, se trouverait moins dans la forme produite que dans le regard de l’apothicaire croyant soigner – avec des décoctions – une différence perçue comme maladie de la création.
Nous sommes aujourd’hui face aux cimaises de notre histoire. A nous de choisir les tons de notre apport. Perfectionner le tableau, sans en refaire le portrait me semble être un impératif moral. Il était question de refondation, nouvel horizon dans la toile nationale. A ce projet fut confronté celui de forces nouvelles. La guerre des nouveautés nous a ramené au passé, en termes d’acquis du développement. Mais au regard de l’expérience nationale, nous pourrions bientôt nous targuer d’avoir développé une expertise quasiment endogène de gestion de nos contradictions.
Nos arts nationaux devront bien un jour se renouveler. Sous l’effet du temps, mais bien plus fondamentalement, sous l’effet de notre action. Il est question pour nous de mettre en exergue la part de moralité manquant cruellement à la formulation de notre projet d’autocritique. La moralité dont il est ici question nous permettrait d’offrir ce que nous croyons être un nouveau pagne à la mère, sans nous croire obligés de lui cracher au visage.
La refondation et la rébellion, sont deux formes d’écriture que les fils de ce temps ont cru devoir expérimenter sur la voie de la refonte de notre style. L’art en est aujourd’hui à se déployer sous la forme hybride de la «rebfondation». L’écriture picturale ainsi obtenue n’est pas nécessairement la plus envoûtante, mais elle a l’avantage de ne pas transformer notre quotidien en exposition de peinture.
Excellences Lectrices, Excellences Lecteurs, nous pourrons bien faire la fine bouche. Mais qui saura nier que le passage de la refondation à la « rebfondation de l’art » est fille des outrances ? Le progrès a beau nous passionner nous ne pourrions quelquefois l’atteindre sans adéquation à certaines formes jugées les plus irrégulières.

jeudi 9 août 2007

Etes vous Librafricains ?

A l’heure où la Côte-d’Ivoire fête le 47ème anniversaire de son accession à l’indépendance, un dialogue indirect s’est engagé entre les présidents Sarkozy et Koulibaly. Deux personnalités de la même génération, le premier ayant à peine deux ans de plus que le second. L’échange porte sur le devenir de l’Afrique. Le nouvel élu français dit militer pour un projet baptisé l’Eurafrique. Le second, lui, en appelle, plutôt, à la Librafrique. C’est au Sénégal d’Abdoulaye Wade que Sarkozy a choisi de présenter sa vision. Il disait s’adresser à toute la jeunesse africaine : le président de l’Assemblée nationale de Côte-d’Ivoire, qui n’est pas nécessairement vieux, lui donne la repartie.

Le concepteur de « l’immigration choisie » avait choisi, voici une dizaine de jours, de dire aux jeunes africains, « Je sais l'envie de partir qu'éprouvent un si grand nombre d'entre vous confrontés aux difficultés de l'Afrique. Je sais la tentation de l'exil qui pousse tant de jeunes Africains à aller chercher ailleurs ce qu'ils ne trouvent pas ici pour faire vivre leur famille ». D’Abidjan, la réponse a été sans circonvolution : « De nombreux immigrés apportent à la France leur travail, leur talent, leur argent. Nombreux aussi sont ceux qui fuient les dictateurs et les autres régimes liberticides que vous installez chez nous ». Passé cet échange de bon-procédés, lumière sur les deux visions.

Son Eurafrique, Sarkozy la présente, volontiers, comme « le plus grand rêve de paix et de prospérité qu'Européens et Africains sont capables de concevoir ensemble ». Sans être un machin, l’Eurafrique aurait, nous dit Sarkozy, « un pivot ». La pièce maitresse ainsi présentée procède, comme en physique ondulatoire, d’un espace de propagation initial : l’« Union Méditerranéenne », déjà proposée à tous les pays riverains de la Méditerranée par la France.


A ce stade de la plongée, au moins deux questions viennent à l’esprit : pourquoi le rêve Eurafricain s’enferme-t-il entre deux continents en s’amputant volontairement les chances spatiales inouïes que lui autorise son statut onirique ? Si l’onde se propage par cercles concentriques, les pays subsahariens ne sont-ils pas condamnés à vivre à la périphérie du mouvement, une satellisation de fait ?


A la mise en ghetto élargi, le Président Koulibaly préfère le vaste champ de la liberté. Il parle d’Afrique, non pour célébrer l’autisme et le nombrilisme, mais pour invoquer la liberté. La parole du Librafricain est claire « Nous ne voulons pas de votre liberté en double standard, et sous surveillance ». Les mots par lesquels se définit la Librafrique elle-même ont la saveur immaculée d’un credo. Et le Président Koulibaly en déclenche ici le jet vivifiant : « Nous voulons redevenir libres. Il ne s'agit pas d'un retour à un quelconque âge d'or. Il ne s'agit pas d'une option pour nous, mais de notre survie. Il s'agit d'être simplement des humains, de vivre comme tels et d'être traités comme tels. Nous ne voulons pas de traitement de faveur. Nous voulons avoir notre liberté de choix. Nous voulons tirer profit des droits imprescriptibles que nous avons d'être propriétaires de nous-mêmes en tant qu'humains. Nous voulons être libres dans la mondialisation, comme nous ne l'avons jamais été sur les marchés des esclaves. Sur les marchés coloniaux. Dans le pacte colonial. Nous ne voulons pas aller sur les marchés mondiaux enchaînés par des accords protectionnistes ; ni avec la France, ni avec l'Europe. (…) Au lieu de l'Eurafrique, nous voulons la Librafrique ».


En les observant sereinement l’on réalise que l’Eurafrique est en fait un anachronisme rebaptisé. Car c’est bien par « Eurafrique » qu’a été organisée la traite négrière. Une certaine élite Européenne et ses compères africains - vassalisés - ont mis en œuvre ce crime contre l’humanité avant qu’il ne se communie en colonisation. La même Eurafrique a ensuite innervé le parti-unique, par la mise sur pied de réseaux sanguinaires, sanctuarisés par des chancelleries complices. C’est bien par « Eurafrique » qu’une certaine pègre politique est entretenue à la tête de pays africains par des appuis occidentaux univoques. L’Eurafrique tel qu’elle a vécu jusqu’à ce jour, n’aurait jamais dû exister. Elle a pourtant eu cours et appartient donc désormais à une histoire commune que nous ne saurions renier. Mais comme le dit un Niamkey Koffi des grands jours, « Il y a pathologie quand l’étape s’érige en terminus ». Ainsi, aussi vrai qu’est passée l’ère des rigolos, a vécu le temps de l’Eurafrique.

Mais la Librafique qu’est-ce pour nous aujourd’hui ? Au plan psychologique, c’est une conscience identitaire décomplexée et n’attendant, comme tel, ni reconnaissance, ni approbation de quelque instance exogène. Au plan du développement, une prise en main très claire des politiques d’éducation, afin que soit éradiquée la chape d’ignorance dont la présence annihile l’immense potentiel humain du continent.


Au plan artistique, une création dont la reconnaissance cesserait de dépendre de la glose de jurys estivants, au plan religieux, la nette différence entre les valeurs spirituelles et les supports culturels, vecteurs circonstanciels de vérités éternelles. Au plan politique, une capacité de transcender les clivages des idéologies moisies, mais l’émergence de modèles de résorption de nos contradictions, endogènes et pacifiques.


Au plan économique, une éducation à l’épargne, couplée d’une valorisation de l’effort comme creuset de l’avoir, au plan académique, une écoute diligente des besoins spécifiques du continent et l’investissement d’une part essentielle des budgets nationaux dans les domaines de la connaissance. Au plan écologique, une conscience claire du respect de l’environnement, comme pierre de touche d’un respect des droits de l’homme….


Excellences Lectrices, Excellences Lecteurs, qui donc a mandaté Sarkozy pour parler au nom de l’Europe ? Tous les pays européens adhèrent-ils au projet eurafricain ? Quels pays africains ont-ils participé à la conception d’un tel projet, pour qu’il soit considéré comme "Eurafricains" ?
La Librafique, parce que capable de distinguer le Christ du Père Noel subodore à mille lieues l’immensité de la supercherie.

Etes-vous Librafricains ? N’attendez pas que tombent toutes les chaines. Le premier moment de la libération, c’est la liberté de se considérer comme libre !