jeudi 22 novembre 2007

Fiction : Bongo, Compaoré et Gbagbo apprennent l'inculpation de Chirac

Bongo Odimba, grand notable de la France-Afrique vient d’apprendre l’inculpation de Chirac. Incrédule, il tourne et retourne le transistor pour voir si la boite à ondes n’a pas perdu un câble. Passé le choc de la première seconde, il en est à poser la question qui n’a cessé de lui bruler la moustache, dès qu’il a appris la terrible nouvelle : « Mais qu’est-ce qu’il a bien pu faire, Jacques, pour qu’on l’inculpe comme un vulgaire contremaitre ? Crime passionnel ? Euthanasie ? Anthropophagie »?


Et le personnel de lui répondre : « Rien de tout ça. On dit que tonton Jacques a donné l’argent a des gens qui ne travaillaient pas. C’est pour ça qu’on veut le mettre en prison ! » Sur ce, le grand notable, complètement assuré de l’innocence de son ami Jacques, lâche un grand rire, ce rire tonitruant que Dadié a si justement diagnostiqué aux nègres. Bongo rigole, mais là franchement, se tient la tête, les côtes, le cou, tapote quelques hanches charnues et se laisse tomber dans un grand Louis XIV sur lequel il ne peut encore s’empêcher de se tortiller de rire.

Reprenant de la voix, il tonne, la pupille dilatée : « Voici ce que je disais, les blancs sont des nègres, des nègres, je vous dis, les blancs sont blancs comme nègres, blancs comme nègres, nègres, oui tous des fils de « Blanche-nègre », dit-il en jetant un regard faquin à un de ces oiseaux rares qui égayent sa cour. La rumeur lui prête, et il le sait, toutes sortes de fantaisies. La vérité est qu’il entretient avec l’essentiel de la faune mirifique de la cour, une relation purement paternelle.


« Blanche-nègre » qu’il appelle aussi « fifille » est l’une de ces icônes dont la rumeur à Libreville aime à se délecter. Mi personnage, mi-mythe, elle est un mélange de Vanessa paradis et de Serena Williams. La voix fluette et éthérée évoque la chanteuse parisienne, tandis que la plastique tonique, un festin visuel – scandale somatique – renvoie à la déesse des courts de tennis.

- Dis, Blanche-nègre tu crois que c’est juste de condamner quelqu’un parce qu’il paye des gens à ne rien faire ?

- C’est pas juste, pas juste, lance la jeune dame au notable françafricain.

- Mais voici que tu es lucide, ma fifille fait l’homme à la jeune féline en se disant« en voilà une qui défend bien sa peau, je la paye à ne rien (lui) faire…

Là-dessus le vieux notable françafricain devient grave. Il abore cette mine hiératique et solennelle qui lui ferme le visage, toutes les fois qu’il rencontre la face de nègre des leaders de l’opposition, ah de vrais nègres, Pierre Mamboundou, Mba Abessole, Pierre-Louis Agondjo, des nègres, fils de nègres…

Il entame une réflexion au carrefour de l’analyse métaphysique et de la pensée éthique. Comment la France peut-elle croire, se dit-il, qu’elle fait honneur à la justice en humiliant publiquement un homme de 74 ans, et pour des prunes ? Ignore-t-on vraiment en France que l’exercice du pouvoir implique des détours couverts par la raison d’Etat ?

La justice française a-t-elle seulement conscience qu’elle déculotte la France en déculottant celui qui l’a incarnée 12 ans durant ? Et que fait-elle des droits de l’homme, cette justice qui livre à la honte un septuagénaire que l’on sait fraichement sorti d’un coma dû à un accident vasculaire cérébral ? Chirac mourrait dans les deux ans qui suivent que ses poursuivants seraient-ils innocents de son sang ?

Jacques Chirac est-il si mauvais pour qu’on lui réserve la vieillesse tourmentée d’un Papon ? N’est-on pas en train de provoquer le réveil de certains extrémismes en piétinant les symboles d’autrui ? Pour le vieux notable, les choses sont claires, on ne doit pas traiter les symboles comme on traite les gens ordinaires…

Il lance un regard rapide à Blanche-nègre qui ne l’avait pas quittée des yeux durant toute sa réflexion et lui fait signe de lui apporter son téléphone. La déesse se déhanche d’un pas de lionne épanouie et lui apporte l'appareil, un joujou de dernière génération.

- Allo Compaoré, tu as appris ce qui est arrivé, ils veulent arrêter Chirac, c’est quoi ça ?

- Je te dis ! Quand même un peu de respect. On ne peut pas traiter un président comme ça. Même s’il n’est plus au pouvoir, il est toujours un grand. Avec des partisans, des inconditionnels. Rien que pour les services rendus à la France, on devrait réfléchir par deux fois avant de le traiter comme un vendeur de cacahuètes.

- C’est ça !

- Et puis je pense que cette façon de traiter les anciens présidents ne peut qu’encourager les présidents en exercice à chercher à demeurer éternellement au pouvoir. Si le pays pour lequel vous avez sacrifié toute votre vie ne peut pas vous protéger aux vieux jours, mieux vaut vous protéger vous-même en restant bien calé dans votre poste toute la vie.

- Wallaï ! Petit ! Mais tu es intelligent dêh ! En tout cas, si l’alternance c’est pour humilier les anciens, faudrait pas qu’on nous parle d’élections transparentes ici ! Bonne soirée, mon petit je vais appeler Laurent, ton nouvel ami, lui doit être content de l’inculpation de Chirac, ils ne sont pas du tout amis…

- Allo, Gbagbo, comment ça va, c’est moi, Bongo, tu dois être content là. Chirac est à deux doigts de la prison, tu es content, n’est-ce pas, avoue…

- Je vais te surprendre, mais ça ne m’amuse pas du tout. Je pense qu’en toutes choses, il faut respecter même les pires adversaires. Chirac ne peut pas être trainé comme un vulgaire brigand et moi en rigoler. Je n’aimais pas ses méthodes, mais je n’ai rien contre l’individu, il est plutôt sympathique comme type. Mauvaise personnalité, à mon avis, mais plutôt bon personnage et peut-être même bonne personne… C’est dommage ce qui lui arrive.

- Mais il a détruit tous tes avions, tué une centaine de tes partisans et toi tu dis quoi ?

- Ah, voilà l’affaire. Mais je pense qu’il faut faire la différence entre le système et l’individu. Que Chirac soit humilié ne rend nullement justice aux familles des victimes ivoiriennes de la politique chiraquienne. Au contraire, cela laisse le sentiment que la France a plus de considération pour quelques billets de francs que pour la vie des ivoiriens. Voici que la justice française poursuit Chirac pour avoir pris de l’argent, mais cette même justice a l’air de se moquer éperdument de la vie des africains, voici le sentiment que ça laisse…

- Mais tu devrais être content qu’on l’arrête, non ?

- Pas du tout, moi qu’est-ce ça peut bien me faire ?

Le vieux notable étonné raccroche après avoir échangé d’autres paroles avec Laurent. Il appelle Blanche-nègre.




La nuit dessine une aquarelle bleutée aux angles des fenêtres du palais. Le vieux prend la jeune fille par la main. « Blanche-nègre », lui dit-il à l’oreille. Elle lui sourit émerveillée. Ensemble, ils marchent le long du jardin bordant la résidence.




Blanche-nègre parle de sa voix fluette, mais il ne l’entend plus. Il sait qu’elle n’est qu’une allégorie. Une image des temps que nous vivons aujourd’hui. Temps de paradoxes et de demi-vérité, d’indignation sélective et de justice en demi-teinte… Une époque où les intouchables ont cessé d'être ceux que l'on croit.
Pour tout oublier, le grand notable plonge dans une somptueuse piscine suivi de Blanche-nègre. Elle est ravissante, ondine des jours interstitiels, dans cette eau aux reflets irisés...

5 commentaires:

Blanc Bonnet a dit…

Si Chirac va vraiment en taule, faudra que Blanche-nègre passe le voir. Ca va lui remonter le moral, pour de vrai. Emplois fictifs, fiction gabonnaise, peut-être prison effective !

Y-Voir-Plus a dit…

Une fiction qui en dit long ... et des évènements qui peuvent pousser des présidents africains à s'accrocher indéfiniment à leur fauteuils présidentiels...
merci pour ce regard original

Edgar Yapo a dit…

Eh y-voir-plus ! Comment vas-tu frère, cela faisait un bout que je t'avais pas lu.
Je suis d'avis que la justice doit suivre son cours, mais le caractère exhibitionniste que prend cette affaire me gêne quelque peu..

Théophile a dit…

je suis mort de rire ! Faudrait travailler avec un illustrateur et faire un BD blog avec ce concept !

Anonyme a dit…

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