vendredi 30 novembre 2007

Accord de Ouagadougou : là où ça fait mal

Juste avant d’entamer leur visite historique dans le nord de la Côte-d’Ivoire, le Président de la République et le premier Ministre se sont rendus à Ouagadougou où ils ont signé le « deuxième accord complémentaire » à l’accord signé en mars 2004.

Les résultats obtenus par cet accord ne se comptent plus : redéploiement de l’administration sur toute l’étendue du territoire ivoirien, décrispation générale des rapports entre les acteurs de la rébellion et le camp présidentiel, normalisation progressive de la vie sociale.

Petite note amère, toutefois, Ouagadougou prévoit l’allocation de 5 ans de salaire aux soldats déserteurs, soit 5 ans de solde équivalant à leurs années de désertion pour fait de rébellion. En clair, les années de désertion pour les soldats en cavale correspondraient à cinq années chômées, payées.

Voici ce que dit l’accord complémentaire de Ouagadougou, en son article 6, : « En application de l’Ordonnance n° 2007-457 du 12 avril 2007 portant loi d’amnistie les deux parties conviennent que le gouvernement rétablira les soldes avec rappel des éléments FAFN ayant appartenu aux Forces armées nationales de Côte-d’Ivoire, à la Gendarmerie et aux corps paramilitaires, pour compter de la date de signature de ladite ordonnance

De quoi faire grincer les dents aux soldats restés loyaux à la République. Etait-ce là aussi la cause du mécontentement de Désiré Tagro, négociteur du camp présidentiel à Ougadougou la semaine dernière ?
Au fond, l'effectif de ces ex-déserteurs « béatifiés » excèderait difficilement 1% du nombre des Forces armées nationales. De fait, l'incidence financière induite par l'article 6 resterait relativement modeste. Toutefois, demeure la question de principe : peut-on réclamer réparation pour désertion ?
La guerre a ses atrocités. La paix aussi. Et cette mesure inique, en apparence, si elle s’appliquait, correspondrait bien aux « atrocités de la paix ».
Mais rien ne valant la paix, les ivoiriens devront surmonter cette autre difficulté pour aller résolument vers la normalisation, pour le plus grand bien des populations largement excédées par la guerre.

4 commentaires:

Alain a dit…

Il fait bon être rebelle en Côte-d'Ivoire ! Pourquoi faut-il que les soldats déserteurs soient "dédommagés" ? Est-ce que les fonds levé par la rebellion sur les zones occupées pendant 5 ans seront reclamés aux Forces Nouvelles ? Ce ne serait que juste mesure de réciprocité. Les autorités ivoiriennes doivent vraiment penser à creuser cette question, pour éviter de donner comme une prime à la rebéllion !

Y-Voir-Plus a dit…

tout ça me fait penser à une expérimentation récente qui a été menée sur des singes, pour résumer 2 singes devaient faire une activité (désolé, je ne sais plus laquelle). Au final, l'un des 2 a été plus dégourdi que l'autre mais la récompense a été la même pour les 2, c'est à dire une banane chacun.
Et bien figurez vous que le singe dégourdi a refusé de manger sa banane...tout un symbole non?

Anonyme a dit…

Dans ce cas, ceux qui ont deserté sans rallier la rebellion devraient avoir double paye.

Anonyme a dit…

5 ans de bonus ? Vous croyez ça vraiment ? Bien mal acquis ne profite jamais. Recevoir de l'argent d'institutions qu'on a voulu renverser c'est hyper dangereux. Le karma. Be careful !