jeudi 23 août 2007

Quand la presse oppresse

Les divers échanges entre autorités et soldats loyalistes, ces deux dernières semaines, ont bénéficié d’un traitement médiatique spécial. Une bonne partie de la presse nationale s’est montrée relativement vive dans son traitement de cette actualité. Des confrères et collègues avec lesquels nous avons échangé sur le sujet expliquent l’attitude de la quasi-totalité de la presse ivoirienne par la chose suivante : les services en charge de la Communication gouvernementale n’ont pas produit de communiqué officiel, à l’issue de la rencontre, à huis-clos, entre le Président de la République et les soldats. L’inverse, à leurs yeux, aurait empêché les écarts d’interprétation, tout en offrant la latitude aux gouvernants de choisir l’angle sous lequel la presse aurait eu à aborder la rencontre avec les militaires. La question de la facilitation de l’accès aux sources d’information est donc au centre d’une partie de la récrimination des médias nationaux.

Le Ministre de la Communication Sy Savané, en plaidant mercredi dernier – au Centre d’information et de Communication gouvernementale (CICG) pour une « facilitation d’accès des journalistes aux sources » – semble avoir posé, en termes euphémiques, l’un des pans essentiels du problème.

Mais à la question d’accès à l’information, certains confrères ajoutent le problème du « manque de volonté » des autorités ivoiriennes à assurer la consolidation juridique des organes de régulation de la presse. D’aucuns estiment que l’absence de pouvoirs concrets au Conseil National de la Presse (CNP) se reçoit comme une prime tacite aux écarts. Si les structures de régulation n’ont aucun pouvoir coercitif, tout est permis. Ces remarques plus ou moins justes appellent, toutefois quelques réserves.

Premièrement, sur la prétendue aptitude d’un Communiqué officiel à empêcher – ou même à faire baisser – la tendance inflationniste de certains confrères. Il n’y a qu’à se référer au traitement médiatique réservé aux différents accords ou résolutions onusiennes sur la crise ivoirienne pour mesurer le degré d’outrance d’une certaine partie de la presse. La peine que se donnent les différents rédacteurs de communiqués finaux peut-elle impressionner une rédaction décidée à intoxiquer ? Contre-vérités et autres distortions cumulent alors, simplement, pour les besoins d’objectifs.

Deuxièmement, sur la question du renforcement de l’arsenal juridique des organes de régulation : la revendication, bien que tenable, a tout pour être perçue, par certains, comme une volonté d’« embrigader la presse » ; l’on parlerait à satiété de recul de la liberté d’opinion. Pourtant, quoiqu’on puisse en penser la régulation est non seulement incontournable, mais permettrait une crédibilisation accrue des médias nationaux appelés aujourd’hui à s’interroger sur leur réelle vocation. Loin d’un corporatisme autiste l’on doit pouvoir s’interroger honnêtement : l’opinion publique, pour la quelle est censée opérer la presse est elle en phase avec ses médias ? Le lectorat n’est-il pas choqué par toutes nos outrances ?

C’est le journaliste émérite Joher Yassine qui, hier, dans le quotidien « Soir Info » s’indignait des écarts de ses confrères. La protestation de ce monument des médias ne croulait pas, c’est vrai, sous le poids de la mesure, mais avait l’avantage de camper avec une relative précision, l’ampleur d’une exaspération largement répandue : « En lisant nos quotidiens, en voyant les titres, on ne peut qu’être révolté et se demander si la presse ivoirienne est honnête et participe à ramener la paix… ».

La critique a aussi mis à l’index les grands censeurs de la presse internationale, distributeurs agréés d’indignation sélective : « Devant tant et tant de dérives (…) Devant cette incitation à la haine, à la désobéissance prônée par certains journaux, on se demande où est passé cette presse sans frontières (Robert Menard) prompt à défendre les journalistes qui se tait, devient muette, étrangement absente, complice de cette haine qui est le quotidien de certains quotidiens…. ».

Dans ce contexte d’inflation, la presse annonce deux invités de taille pour demain vendredi : le couple « Tiburce-Venance ». Ces deux messieurs ont réussi, par leurs lumières reconnues, à faire ombrage à tout le gotha d’universitaires que compte le RHDP : Jean-Noël Loucou, Pierre Kipré, Niamkey Koffi, Tiacoh-Carnot, tous réduits à faire valoir leurs droits à la retraite, tant la voix des deux mousquetaires aura occulté la leur. Tous deux reconnus pour leur sens de la mesure et leur parfaite maitrise des questions nationales, ils apporteront certainement une très grande contribution au retour de la paix et mettront leur immense talent de critiques sociaux à nous proposer autre chose que des attaques ad hominem.

L’annonce publicitaire parue dans le quotidien du Soir est des plus édifiantes sur le projet de ces éminences : « Tiburce et Venance crucifient encore Gbagbo, un document politique en béton à lire absolument, une édition spéciale de « Le Nouveau Réveil » à lire ce vendredi 24 aout 2007 ». N’en riez surtout pas.

Le paradigme du couple Koffi-Konan est connu : Gbagbo a poussé les jeunes gens à dire « Houphouët voleur », Gbagbo doit donc purger sa peine pour délit d’insubordination, en buvant jusqu’à la lie le vin aigre de l’impertinence. D’ailleurs, la presse proche du FPI n’a-t-elle pas inauguré ce que l’on a appelé à l’époque « la sinistrose à souhait » ? Pourquoi voudrait-elle aujourd’hui que tout le monde se sente un tempérament de pacifiste ?

Mais de telles considérations, surtout quand elles sont mêlées de présuposés régionalistes, sont une parfaite marque de l’autisme et de l’anachronisme de leurs défenseurs. Ces vues oublient volontairement que la Côte-d’Ivoire sort lentement de 5 années de guerre. Elles crachent aussi sur le projet de retour à la paix ; mais surtout confortent les thèses de l’ethnologie coloniale selon lesquelles les africains seraient incapables de tirer les conséquences de leurs erreurs du passé !

2 commentaires:

Y-Voir-Plus a dit…

La partialité démesurée de la presse ivoirienne m'a au moins permis de prouver à de nombreux occidentaux aux idées arrêtées (et surtout manipulées par les RFI,AFP et consorts...) que la liberté de la presse est une réalité en RCI...
En revanche, pour nous autres lecteurs c'est très compliqué pour ne pas dire impossible de se faire une véritable idée sur le développement de l'actualité du pays

Un lecteur opressé.

Edgar Yapo a dit…

Effectivement, c'est vraiment difficile d'être informé, surtout quand on est hors du pays. Je pense que la consolidation de l'arsenal juridique des organes de regulation mettra de l'ordre.